Fin septembre, sept heures et demie, parking du Sillon à Camaret. La tour Vauban garde sa teinte ocre sous la bruine, les mâts cliquettent dans le port et il n’y a personne sur le sentier. Une heure plus tard, au bout de la pointe de Pen-Hir, la houle d’équinoxe explose contre les Tas de Pois et le vent vous oblige à tenir votre casquette. C’est à ce moment-là que l’on comprend pourquoi cette portion du GR34 attire autant de monde l’été, et pourquoi il vaut mieux la parcourir quand la foule est repartie.
Cet article décrit la traversée de la presqu’île de Crozon par le sentier côtier, de Camaret-sur-Mer à Morgat, en passant par les pointes de Pen-Hir, de Dinan et le cap de la Chèvre. Une quarantaine de kilomètres, deux jours de marche, et probablement la plus belle succession de falaises de tout le Finistère.

Le GR34 sur la presqu’île de Crozon : de quoi parle-t-on ?
Le GR34 suit le littoral breton du Mont-Saint-Michel jusqu’à Saint-Nazaire, sur environ 1 700 kilomètres. Il reprend en grande partie l’ancien sentier des douaniers, tracé à partir de 1791 pour surveiller la côte et lutter contre la contrebande. Si vous découvrez ce réseau, notre présentation des principaux GR de Bretagne permet de situer le 34 par rapport aux itinéraires de l’intérieur.
Sur la presqu’île de Crozon, le sentier fait le tour complet de la péninsule en environ 120 kilomètres. La section sud-ouest, entre Camaret et Morgat, concentre les sites les plus connus. Elle s’adresse à des marcheurs en bonne condition, habitués aux journées de 15 à 20 kilomètres et aux montées courtes mais répétées. Elle n’a rien de technique, mais le relief use : le sentier descend sans arrêt au niveau d’une crique pour remonter aussitôt sur la falaise.
Jour 1 : de Camaret à la pointe de Dinan
Le départ se fait au Sillon, cette langue de galets qui ferme le port de Camaret. La tour Vauban, construite à la fin du XVIIe siècle pour défendre le goulet de Brest, est inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 2008 avec les autres fortifications de Vauban. Elle a repoussé en 1694 un débarquement anglo-hollandais. On passe ensuite devant le fort du Gouin, puis le sentier contourne la pointe du Grand Gouin et rejoint la pointe du Toulinguet et son sémaphore.
Entre le Toulinguet et Pen-Hir, attention au tracé. Les tempêtes de l’hiver 2025-2026 ont fait tomber une partie de la falaise de Porz-Korven, et la Communauté de communes a ouvert une déviation du GR34 dans le secteur de Pen Had, en retrait de l’ancien sentier. Le nouveau balisage est en place : suivez-le, même si la trace de votre application GPX indique encore l’ancien passage.

La pointe de Pen-Hir tombe de près de 70 mètres dans la mer d’Iroise. Au large, les Tas de Pois s’alignent comme des dents cassées. Par temps clair, la vue porte jusqu’à la pointe du Raz, l’île de Sein et Ouessant. Sur le plateau se dresse la croix de Pen-Hir, monument aux Bretons de la France libre. Le site appartient au Conservatoire du littoral : des fils tendus protègent la lande du piétinement, et il est inutile de s’approcher du bord pour la photo. Le granite et le grès sont fissurés, et les éboulements ne préviennent pas.
À quelques centaines de mètres dans les terres, les alignements de Lagatjar alignent une soixantaine de menhirs sur un plateau face à la mer. Il n’y a ni barrière ni foule, et le détour vaut le quart d’heure qu’il coûte.
La suite longe la grande plage de Kerloc’h puis remonte vers la pointe de Dinan. Son « château », un énorme rocher relié à la côte par une arche d’une douzaine de mètres, se voit de loin. On y accède en quittant le GR, par un départ de sentier délicat. Avec un sac chargé, je vous conseille de vous contenter de la vue depuis la pointe. Comptez environ 17 kilomètres et quatre heures et demie de marche effective entre Camaret et Dinan, sans les arrêts.
Jour 2 : de Dinan à Morgat par le cap de la Chèvre
La deuxième journée est la plus sauvage et la plus exigeante. Après Dinan, le sentier passe au-dessus des grandes plages de Lostmarc’h, dont la pointe porte un éperon barré de l’âge du fer et, plus haut dans la lande, un menhir d’environ trois mètres. Les parkings se font rares, les maisons aussi. Le terrain alterne lande rase, passages rocheux et descentes raides vers des criques que l’on ne voit qu’au dernier moment.

Le cap de la Chèvre marque l’extrémité sud de la presqu’île. Son sémaphore domine la baie de Douarnenez, et le contraste avec la façade ouest est net : la mer est plus calme, les couleurs plus douces. En automne, c’est un bon poste pour observer les fous de Bassan qui plongent au large et les cormorans posés sur les rochers. La floraison de la bruyère touche à sa fin, et la lande prend des teintes rousses que l’on ne voit pas en été.
Entre le cap et Morgat, le sentier suit la côte est, plus découpée qu’on ne l’imagine en regardant la carte. Les dix derniers kilomètres paraissent longs. Il faut compter environ trois heures et demie, puis Morgat apparaît enfin, avec sa plage en arc de cercle et son port. Au total, la journée fait une vingtaine de kilomètres.

Conseils pratiques
- Distance : environ 37 à 40 kilomètres selon les déviations, en deux jours. Camaret – pointe de Dinan : environ 17 km. Dinan – cap de la Chèvre : environ 10 km. Cap de la Chèvre – Morgat : environ 10,5 km.
- Dénivelé : jamais plus de 70 mètres d’un coup, mais plusieurs centaines de mètres cumulés chaque jour. Le tronçon Dinan – Morgat est le plus cassant.
- Balisage : blanc et rouge, bien entretenu. Carte IGN au 1/25 000 de référence : 0418ET, Camaret / Presqu’île de Crozon.
- Ravitaillement : tous commerces à Camaret et à Morgat. Entre les deux, presque rien hors saison, à part Saint-Hernot, à un peu plus d’un kilomètre du sentier. Partez avec assez d’eau pour toute la journée. Notre article sur les gourdes, poches à eau et bouteilles filtrantes peut vous aider à choisir.
- Hébergement : le gîte d’étape de Saint-Hernot, au centre du cap de la Chèvre, permet de couper la traversée en deux. Les campings et chambres d’hôtes ferment souvent après septembre : réservez avant de partir.
- Retour : les cars BreizhGo relient Crozon à Brest et à Quimper, avec des correspondances vers Camaret. Vérifiez les horaires hors saison, ils sont réduits.
Pour les vêtements, le système des trois couches fait ses preuves sur cette côte. On passe en dix minutes d’un creux abrité où l’on transpire à une pointe exposée où le vent traverse la polaire. Pour les chaussures, le terrain rocheux et les descentes humides plaident pour un bon maintien. La question est détaillée dans notre article faut-il vraiment une tige haute ?
Pièges et points de vigilance
Le bivouac est interdit sur une grande partie du parcours. La presqu’île compte de nombreux sites classés ou inscrits, où le camping sous toutes ses formes est interdit, tout comme dans la bande des 100 mètres du rivage. Les gardes du littoral verbalisent, et l’amende est de 135 euros. Si vous pensiez dormir sous la tente, organisez vos nuits en camping ou en gîte. Nos articles sur le bivouac en Bretagne et sur la préparation d’une randonnée avec bivouac expliquent comment s’y prendre ailleurs dans la région.
Le sentier bouge. L’érosion a déjà fermé plusieurs tronçons, et d’autres le seront. Au-delà de Morgat, le passage entre les plages de l’Aber et de Postolonnec est fermé depuis un effondrement de falaise en février 2026. Avant de partir, consultez la carte des déviations publiée par la Communauté de communes Presqu’île de Crozon – Aulne maritime, et respectez les panneaux sur place. Ils ne sont pas là pour décorer.
Le vent et les bords de falaise. Par fort coup de vent d’ouest, les pointes de Pen-Hir et de Dinan deviennent franchement dangereuses : rafales, embruns, sol glissant. Mieux vaut décaler l’étape d’une journée. Avec de jeunes enfants, préférez la petite boucle de la pointe de Pen-Hir depuis le parking, environ trois kilomètres, plutôt que la traversée complète. Si vous marchez avec un chien, tenez-le en laisse près des falaises et dans les zones où nichent les oiseaux. Notre article sur la randonnée en Bretagne avec son chien fait le point sur les règles.
Les marées. Certaines variantes passent par les plages, comme le Veryac’h sous Pen-Hir. Consultez l’annuaire des marées et ne vous engagez sur l’estran qu’à marée descendante, surtout lors des coefficients d’équinoxe.

Et après ?
Si les deux jours vous ont mis en appétit, le GR34 continue vers Telgruc-sur-Mer et la baie de Douarnenez, en contournant la fermeture de l’Aber. Pour changer de décor, les Monts d’Arrée en automne sont à moins d’une heure de route et offrent l’autre visage du Finistère : landes, tourbières et crêtes de schiste, loin de la mer.
Une dernière question vous appartient : préférez-vous Pen-Hir au lever du jour, quand le site est vide, ou au coucher du soleil, quand la lumière passe entre les Tas de Pois ? Les deux se défendent. La seule mauvaise réponse est un samedi d’août à quinze heures.