Le meilleur itinéraire de randonnée n’est jamais le plus court ni le plus connu. C’est celui qui correspond au niveau réel des marcheurs, aux conditions du jour, et à ce qu’on a envie d’aller chercher sur le terrain. Une bonne préparation commence par cette honnêteté : quel rythme tient le groupe, quelle météo s’annonce, combien d’heures de marche sont raisonnables. À partir de là, les outils numériques font le reste, à condition de savoir lire ce qu’ils proposent.
Définir ce que veut dire « meilleur »
Un même tronçon de sentier peut être idéal pour un randonneur expérimenté en condition et carrément dangereux pour un groupe familial mal équipé. La première question à se poser concerne donc le profil de la sortie : balade contemplative, entraînement physique, traversée patrimoniale, repérage avant une course plus engagée. Chacun de ces objectifs appelle un calcul différent. Une boucle de quinze kilomètres avec quatre cents mètres de dénivelé peut prendre quatre heures à un marcheur régulier et sept heures à un débutant accompagné d’enfants. La distance brute ne dit rien tant qu’on n’a pas pondéré.
Les outils qui font le travail
Visorando, OpenRunner, IGN Rando, AllTrails ou Komoot proposent tous des calculateurs d’itinéraire à partir d’un fond cartographique IGN ou OpenStreetMap. On trace point par point sur la carte, et l’application restitue distance, dénivelé positif, dénivelé négatif, durée estimée et profil altimétrique. Les durées affichées s’appuient sur la formule Naismith ou Tobler, qui ajustent la vitesse de marche en fonction de la pente. Comptez quatre à cinq kilomètres par heure sur le plat, et une heure supplémentaire pour chaque tranche de trois cents à quatre cents mètres de dénivelé positif. Les estimations restent indicatives : un sentier humide, racineux ou rocailleux ralentit beaucoup plus que ne le prévoit l’algorithme.
Pour les itinéraires de plusieurs jours, GeoPortail offre la cartographie IGN 1/25000 la plus précise disponible en France. C’est la référence pour vérifier les croisements de pistes, les passages à gué, la position d’un refuge. La trace finalisée s’exporte en GPX pour la suivre ensuite sur smartphone ou GPS de poignet.
Les critères à pondérer une fois la trace posée

Le calcul brut n’est qu’un début. Il faut ensuite passer le tracé au filtre de plusieurs critères que les applications n’évaluent pas seules.
Le balisage influence directement la fatigue mentale. Un GR bien marqué (rouge et blanc) laisse l’esprit disponible pour le paysage. Une trace mal balisée demande des arrêts fréquents pour vérifier la carte, ce qui rallonge le temps réel de quinze à vingt pour cent. Sur un PR (jaune) ancien, certaines marques peuvent avoir disparu.
Le ravitaillement détermine le poids du sac et l’autonomie nécessaire. Un itinéraire qui traverse un village toutes les deux heures permet de partir léger. Une traversée des Monts d’Arrée ou du plateau de Millevaches sans point de ravitaillement implique de porter eau, nourriture et secours pour toute la durée. Vérifier sur la carte la présence de fontaines, d’épiceries, de bars-restaurants ouverts en saison.
La logistique de retour est l’oubli le plus fréquent. Une boucle simplifie tout. Un aller-retour entre deux points différents demande une voiture-navette, un taxi, un bus rural rare en montagne, ou deux véhicules à laisser de chaque côté. Cette contrainte change parfois le choix entre deux tracés voisins.
La météo recompose tout le calcul. Un sentier facile en juin devient piégeux en novembre. Un col panoramique perd tout intérêt sous deux cents mètres de plafond nuageux. Préparer sérieusement sa randonnée implique de consulter les bulletins de Météo-France et, en montagne, le bulletin nivologique BERA en saison hivernale.
La vérification finale avant le départ
Une fois la trace calculée et imprimée, quelques minutes de croisement avec des sources externes évitent les mauvaises surprises. Lire deux ou trois retours récents sur l’itinéraire (commentaires Visorando, blogs spécialisés, forums du Camptocamp pour la montagne) renseigne sur l’état du sentier, les éventuels passages effacés, les zones interdites ou détournées pour cause de travaux ou de protection environnementale. Les arrêtés préfectoraux saisonniers ferment parfois des secteurs sans préavis affiché à distance.
Le pack final qui accompagne la trace doit inclure carte papier IGN dans une pochette étanche, boussole, GPX chargé sur l’appareil principal, batterie externe, et un kit de survie adapté au terrain. Pour une randonnée en montagne, la préparation physique se combine à la préparation cartographique : l’un ne remplace pas l’autre.
Reste la part qui ne se calcule pas
Aucune application ne saura prédire la lumière sur une lande après l’orage, ni le sentier dévié par un éboulement de la veille. Le calcul donne un cadre fiable. Le reste se joue sur le terrain, dans la capacité à modifier sa trace, à raccourcir, à faire demi-tour quand un signe le justifie. Avez-vous prévu, dans votre itinéraire d’aujourd’hui, le tracé de repli que vous prendrez si la météo se dégrade en début d’après-midi ?