Il y a un dicton que les Islandais répètent volontiers : si le temps ne vous plaît pas, attendez cinq minutes. Sur place, on comprend vite qu’il n’a rien d’une boutade. On peut photographier le matin les blocs de glace échoués sur le sable noir de Diamond Beach, frigorifié sous un ciel bas, et se retrouver le lendemain en tee-shirt à marcher au soleil dans une vallée abritée. Cette instabilité, c’est la donnée centrale de tout séjour de marche en Islande. Elle conditionne l’équipement bien plus que la saison sur le calendrier.
S’équiper pour randonner ici n’a donc rien d’une science exacte. Tout se joue sur deux axes : la période de l’année d’une part, le type de sortie d’autre part. Une promenade familiale d’avril autour d’un site touristique n’a pas les mêmes exigences qu’une balade sur glacier, et pourtant l’une comme l’autre demandent de prendre le froid et le vent au sérieux. Voici comment raisonner.

Le point de départ : le système des couches
En Islande plus qu’ailleurs, la bonne approche reste le système des trois couches : une première couche qui évacue la transpiration, une deuxième qui isole, une troisième qui coupe le vent et la pluie. C’est ce qui permet de s’adapter en quelques secondes quand le temps bascule, ce qui arrive plusieurs fois par jour. On ajoute, on retire, on n’est jamais ni trempé ni glacé.
La particularité islandaise tient à la deuxième couche. Le célèbre pull islandais, le lopapeysa, tricoté en laine de mouton local, n’est pas qu’un souvenir pour touristes : c’est un vêtement chaud, qui tient même un peu humide, parfait comme couche intermédiaire pour les balades tranquilles. Associé à une bonne polaire technique, il couvre la plupart des situations en dehors du grand froid. La laine reste reine sur cette île battue par les vents.
S’équiper selon la saison
L’été, de juin à août, offre les conditions les plus clémentes : journées très longues, températures souvent comprises entre 10 et 15 degrés, sentiers dégagés. On randonne en première couche et polaire, avec la veste imperméable toujours à portée de main. Il fait rarement chaud, et une journée ensoleillée peut virer au crachin venteux en une heure. Même en plein été, le bonnet et les gants légers trouvent leur place au fond du sac.
Le printemps et l’automne, en particulier avril-mai et septembre-octobre, sont des saisons de transition. C’est là que l’écart entre les deux dictons prend tout son sens : un matin glacial face aux icebergs, un après-midi doux au soleil. Les températures tournent autour de zéro à 8 degrés, mais le vent fait chuter le ressenti bien plus bas. On renforce la deuxième couche, pull islandais et polaire épaisse, et on ne sort jamais sans coupe-vent ou veste imperméable. C’est la période où l’on s’habille en oignon, pour peler les couches au fil de la journée.
L’hiver, de novembre à mars, demande un vrai équipement de froid : première couche en mérinos à manches longues, doudoune, veste imperméable coupe-vent, gants chauds, bonnet couvrant les oreilles, tour de cou. Les journées sont courtes, le sol souvent verglacé, et de simples crampons légers à enfiler sur les chaussures rendent de grands services sur les sentiers et les parkings gelés. Le froid, ici, se gère autant par le vent que par le thermomètre.

S’équiper selon le type de balade
La saison donne le cadre général, mais c’est le type de sortie qui précise la liste. Trois grandes familles se dégagent, des plus accessibles aux plus engagées.
La promenade familiale et les sites grand public
Beaucoup de visiteurs découvrent l’Islande par ses sites les plus fréquentés : les cascades de Skógafoss ou Gullfoss, le parc de Þingvellir, le lagon glaciaire de Jökulsárlón et sa plage de Diamond Beach. Rien d’hostile ici, ce sont des lieux aménagés, accessibles, parfaits pour une sortie en famille, y compris au printemps. Mais accessible ne veut pas dire tiède. Le vent de bord de mer ou de plaine glaciaire transperce, même sous le soleil d’avril.
Pour ce type de balade, pas besoin de matériel technique pointu, mais le bon sens reste de rigueur. De bonnes chaussures de marche imperméables, un pull islandais ou une polaire chaude, un coupe-vent ou une veste imperméable, un bonnet et des gants légers même quand le ciel est dégagé le matin. Pour les enfants, on prévoit une couche de plus que pour soi : ils se refroidissent plus vite, surtout à l’arrêt, le temps des photos. Une journée peut très bien commencer face aux icebergs et finir au soleil : mieux vaut pouvoir retirer des couches que de claquer des dents.

La randonnée de journée sur sentier
Dès qu’on s’éloigne des parkings pour une vraie randonnée, dans les zones colorées de Landmannalaugar ou sur les sentiers côtiers, le sac s’étoffe. Le trio de couches au complet devient indispensable, avec une veste réellement imperméable et non simplement déperlante, car la pluie horizontale poussée par le vent finit par tout traverser. On ajoute de l’eau, un en-cas, une carte ou une trace GPS, car le brouillard tombe vite et masque les repères.
Les chaussures montantes qui tiennent la cheville prennent ici tout leur sens, le terrain étant souvent fait de roche volcanique instable, de gués à franchir et de névés tardifs au printemps. Un surpantalon imperméable, un bonnet et des gants complètent l’ensemble. Et même par beau temps au départ, on emporte une couche chaude supplémentaire : en altitude ou sur un plateau exposé, le ressenti chute brutalement.
La balade sur glacier
C’est l’expérience islandaise par excellence, mais aussi la plus engagée. Marcher sur un glacier ne s’improvise jamais en autonomie : crevasses masquées, ponts de neige fragiles, évolution rapide de la glace, le terrain est dangereux pour qui n’est pas formé. La règle absolue est de passer par un guide certifié et une sortie encadrée, qui fournit l’essentiel du matériel technique.
Côté équipement, les organisateurs prêtent généralement les crampons, le baudrier, le casque et le piolet, et imposent des chaussures de randonnée rigides capables de recevoir les crampons : les baskets souples sont refusées, à juste titre. À vous d’apporter le reste, c’est-à-dire des vêtements chauds et imperméables, le système des couches au complet, des gants solides, un bonnet et de quoi protéger les yeux de la réverbération sur la glace. Il fait toujours plus froid et plus venté sur le glacier qu’au pied : on prévoit large.

Le vent, le vrai facteur de froid
Si l’on ne devait retenir qu’une chose, ce serait celle-ci : en Islande, le froid vient surtout du vent. Une température affichée de 8 degrés peut se transformer en un ressenti proche de zéro dès que les rafales se lèvent, ce qui explique pourquoi tant de visiteurs sont surpris d’avoir froid alors que le thermomètre semble clément. Le pull islandais et la polaire chaude prennent là tout leur sens, y compris lors d’une simple promenade printanière sous un beau soleil.
La parade tient en deux pièces : une troisième couche réellement coupe-vent, et une deuxième couche isolante qu’on peut ajuster. C’est cette combinaison qui permet de profiter d’un site exposé sans écourter la sortie. Le soleil islandais réchauffe peu ; c’est l’abri du vent qui change tout.
Quelques essentiels faciles à oublier
Au-delà des couches, certains détails font la différence. Des chaussures imperméables, vraiment, car les sentiers détrempés et les abords de cascades arrosent en permanence. Un bonnet et des gants, en toute saison. Des lunettes de soleil, indispensables sur la neige et la glace. Une protection solaire, car la lumière du nord trompe son monde. Un sac à dos avec une housse de pluie, ou un sac étanche pour l’électronique. Et, clin d’oeil local, un maillot de bain : entre deux marches, les bassins géothermiques sont l’une des grandes douceurs du pays.
Au fond, s’équiper pour l’Islande revient à accepter une idée simple : on ne s’habille pas pour le temps qu’il fait, mais pour celui qu’il pourrait faire dans l’heure. Reste à choisir sa saison selon ce qu’on vient chercher : les longues journées de l’été pour la randonnée, ou les contrastes saisissants du printemps. Et vous, plutôt soleil de minuit ou icebergs d’avril ?