Chaussures de randonnée : faut-il vraiment une tige haute ?

Randonneur gravissant un sentier de montagne verdoyant en chaussures de marche

Entrez dans n’importe quel magasin de sport pour acheter votre première paire de chaussures de randonnée, et vous entendrez la même phrase : prenez des montantes, elles tiennent la cheville. Le conseil est tellement répété qu’on le prend pour une vérité absolue. La tige haute qui enveloppe la cheville rassure, elle a l’air solide, et l’idée qu’elle protège des entorses semble couler de source.

Sauf que les marcheurs expérimentés, comme un certain nombre d’études, posent une question dérangeante : et si ce fameux maintien était en grande partie un mythe ? La réalité est plus nuancée que le discours du rayon, et le choix entre tige haute et tige basse mérite mieux qu’un réflexe. Il dépend du terrain, du poids porté et, surtout, de vos pieds.

Randonneur gravissant un sentier de montagne verdoyant en chaussures de marche
La hauteur de tige n’est qu’un critère parmi d’autres : le terrain et le poids du sac comptent davantage

D’où vient le mythe du maintien de cheville

L’idée est intuitive. Une tige rigide qui monte au-dessus de la malléole semble forcément limiter les mouvements de la cheville, donc réduire le risque de se la tordre. C’est logique en apparence, et c’est ce raisonnement qu’on retrouve dans la plupart des arguments en faveur des chaussures montantes, jusqu’aux modèles les plus robustes comme les rangers d’inspiration militaire, vantés pour leur soutien et leur protection.

Le discours s’est installé pour plusieurs raisons : il paraît frappé au coin du bon sens, il est relayé par la tradition outdoor, et il est commode pour les vendeurs, car une chaussure visiblement protectrice se vend bien. La tige haute donne une impression de sécurité. Le problème, c’est que l’impression et la réalité ne se recoupent pas toujours.

Ce que disent l’expérience et les études

Plusieurs travaux se sont penchés sur la question, y compris en dehors de la randonnée, chez des sportifs et des militaires. Le constat revient de façon assez constante : on ne mesure pas de différence nette du taux d’entorses entre chaussures montantes et basses, à terrain et charge équivalents. Une chaussure haute n’empêche pas mécaniquement la cheville de rouler quand le pied se pose de travers sur une pierre.

  L'équipement de base pour le bivouac

Sur le terrain, l’observation va dans le même sens. Sur les grandes traversées comme le sentier des Appalaches ou la Pacific Crest Trail, une large majorité de marcheurs au long cours ont adopté les chaussures de trail basses, sans flambée de blessures pour autant. La plupart des torsions de cheville ne viennent pas d’un manque de soutien, mais d’un faux pas, d’une inattention, d’un appui qui dérape. Une tige haute peut même donner un faux sentiment de sécurité qui pousse à relâcher la vigilance. À l’inverse, une chaussure basse laisse mieux sentir le sol, ce qui aide le pied à réagir et à se replacer. Ces éléments sont des repères généraux, pas un avis médical : en cas de cheville fragile ou d’antécédent de blessure, l’avis d’un professionnel reste la meilleure boussole.

Chaussures de randonnée basses sur un terrain rocheux
Légère et souple, la chaussure basse séduit de plus en plus de marcheurs, y compris sur terrain accidenté

Quand la tige haute garde tout son sens

Nuancer un mythe ne veut pas dire jeter la chaussure montante. Elle conserve de vrais atouts dans certaines situations, et la balayer d’un revers de main serait tout aussi caricatural que de la croire indispensable partout.

Elle prend son sens dès que le sac devient lourd, sur un trek de plusieurs jours en autonomie par exemple, car la charge modifie l’équilibre et sollicite davantage la cheville. Elle protège aussi sur les terrains vraiment techniques : pierriers instables, gros dévers, hors-sentier, névés de printemps. Sa tige tient mieux la neige, la boue et les cailloux à distance, et son volume permet souvent une chaussette plus chaude. Pour qui a les chevilles sensibles ou se sent rassuré par ce maintien, c’est aussi un confort psychologique qui a sa valeur. La montagne engagée et le portage lourd restent ses domaines de prédilection.

Chaussures de randonnée montantes en cuir posées sur un rocher moussu
La chaussure montante en cuir, image d’Épinal de la randonnée, garde des atouts réels dans certains cas

Les atouts de la chaussure basse

En face, la chaussure basse, héritée du trail, a gagné énormément de terrain, et pas seulement chez les coureurs. Son premier argument est la légèreté : quelques centaines de grammes de moins à chaque pied, ce qui, sur une journée de marche, représente une économie d’énergie considérable. On dit souvent qu’un kilo aux pieds en vaut plusieurs sur le dos, et l’expérience le confirme.

  Le système trois couches sans se ruiner : par où commencer

Elle est aussi plus souple, plus respirante, et sèche beaucoup plus vite quand elle est trempée, ce qui n’est pas un détail sur les sentiers humides du littoral breton. Elle offre une meilleure perception du sol, donc une foulée plus naturelle et une cheville qui travaille, se muscle et apprend à se rattraper. Pour la randonnée à la journée, les chemins côtiers, les sorties sur sentier balisé sans gros portage, elle suffit amplement et se révèle souvent plus agréable. Les sentiers du littoral breton et le GR34 se parcourent très bien en basses, pour peu que le terrain ne soit pas glissant au point d’exiger une accroche particulière.

Et la chaussure mid, dans tout ça ?

Entre la montante rigide et la basse souple, il existe une troisième voie souvent négligée : la chaussure dite mid, à tige intermédiaire. Elle monte juste au niveau de la cheville, sans la bloquer, et cherche un compromis entre la protection de la haute et la légèreté de la basse. C’est un choix polyvalent qui rassure les hésitants.

Dans les faits, la mid protège un peu mieux des cailloux et de la boue qu’une basse, reste plus légère qu’une vraie montante, et convient bien à la randonnée de journée sur terrain varié. Elle n’apporte pas le maintien d’une chaussure de montagne pour le portage lourd, mais elle couvre une grande partie des usages courants. Pour qui veut une seule paire passe-partout, sans trancher radicalement le débat, c’est souvent un bon point d’équilibre. Le risque, comme pour tout compromis, est de ne pas être optimal aux extrêmes, ni sur la légèreté pure, ni sur le soutien maximal.

  Les meilleurs conseils pour bien préparer sa randonnée en Bretagne

Le vrai critère : le terrain, le sac et vos pieds

Plutôt que de chercher la chaussure idéale dans l’absolu, mieux vaut raisonner par usage. Trois questions suffisent le plus souvent à orienter le choix. Quel terrain : sentier roulant et balisé, ou pierrier hors-sentier ? Quel sac : un petit volume de journée, ou un gros portage de bivouac ? Et quels pieds : robustes et habitués, ou sujets aux torsions et encore peu entraînés ?

De ces réponses découle un choix bien plus pertinent que la règle unique du magasin. Sortie tranquille et sac léger penchent vers la basse ; terrain technique et charge lourde, vers la montante. Et rien n’oblige à n’avoir qu’une seule paire : beaucoup de marcheurs finissent avec des basses pour le quotidien et une paire plus haute pour la montagne sérieuse. Si vous passez des montantes aux basses, faites-le progressivement, sur des sorties courtes, le temps que la cheville s’habitue à travailler davantage.

Deux randonneurs progressant sur un terrain rocailleux et accidenté
Sur terrain très technique et avec un sac lourd, la tige haute retrouve sa pertinence

Ce qui compte plus que la hauteur de tige

Au fond, fixer son attention sur la hauteur de tige fait oublier l’essentiel. Une chaussure qui va, c’est d’abord une chaussure à la bonne pointure, où les orteils ne butent pas en descente et où le talon ne glisse pas. C’est ensuite une semelle qui accroche vraiment, point capital sur le granite mouillé et la boue bretonne, où l’adhérence prévient bien plus de chutes que n’importe quelle tige.

Viennent enfin des détails qui pèsent lourd : de bonnes chaussettes qui limitent les frottements et donc les ampoules, un laçage soigné qui bloque le pied sans le serrer, une semelle plus ou moins rigide selon le terrain. Tout cela protège la marche bien davantage que les quelques centimètres de tissu autour de la cheville. La prochaine fois qu’un vendeur vous assure qu’il vous faut des montantes pour tenir la cheville, vous saurez quoi lui répondre. Et vous, plutôt team tige haute ou team basses pour vos sorties ?