Randonner dans les Monts d’Arrée : trois jours au coeur de la Bretagne sauvage

Si vous souhaitez profiter de la Bretagne en profondeur, la randonnée est une solution idéeale

Randonner dans les Monts d’Arrée : trois jours au coeur de la Bretagne sauvage

Il y a des endroits en Bretagne où le vent souffle comme s’il avait quelque chose à dire. Les Monts d’Arrée, c’est un peu ça. On arrive par une route étroite entre Huelgoat et Brasparts, on gare la voiture sur un bout de terre battue, et d’un coup le paysage change. Les arbres reculent, la lande prend le dessus, et on se retrouve face à un horizon qu’on n’attendait pas dans le Finistère. J’y suis retourné en octobre dernier pour trois jours de marche en autonomie, entre le Roc’h Trévézel et le lac de Brennilis, en passant par les crêtes et les tourbières du Yeun Elez. C’est de ce parcours que je veux vous parler.

Les Monts d’Arrée, un massif à part

Quand on dit « montagne » en Bretagne, on fait sourire les gens. Et pourtant. Les Monts d’Arrée culminent à 385 mètres au Tuchenn Kador (commune de Botmeur) et au Roc’h Ruz (Plounéour-Ménez). C’est modeste, bien sûr, si on compare aux Pyrénées ou au Mercantour. Mais ici, il n’y a rien pour arrêter le vent. Pas d’arbre au sommet, pas d’abri naturel. On est exposé, et cette exposition donne au paysage une force que les chiffres d’altitude ne traduisent pas.

Le massif fait partie du Parc naturel régional d’Armorique, qui couvre aussi la presqu’île de Crozon et les îles de la mer d’Iroise. Mais la partie intérieure, celle des Monts d’Arrée, a un caractère bien différent. On y trouve le plus grand ensemble de landes de Bretagne – environ 8 000 hectares de bruyères, d’ajoncs, de sphaignes et de roches affleurantes. C’est un paysage qui peut paraître austère au premier regard, mais qui se révèle d’une richesse étonnante quand on prend le temps de marcher dedans.

Premier jour : de Huelgoat au Roc’h Trévézel

J’ai choisi de partir de Huelgoat, parce que c’est un bon point de chute pour qui arrive en voiture ou en car depuis Morlaix ou Carhaix. La forêt de Huelgoat mérite à elle seule une demi-journée de balade – le chaos granitique, la grotte du diable, la rivière d’Argent – mais ce n’était pas l’objet de ma marche cette fois-ci. J’ai traversé la forêt par le sentier nord, celui qui remonte vers Berrien, et j’ai rejoint les premières landes en début d’après-midi.

La transition est franche. On quitte les chênes et les hêtres, le sol devient spongieux sous les pieds, et on commence à voir au loin les crêtes des Monts d’Arrée se dessiner. Le balisage du GR380 est fiable dans ce secteur – marques rouge et blanc classiques, poteaux indicateurs réguliers. J’ai rejoint le Roc’h Trévézel en fin de journée, après environ 18 kilomètres et un dénivelé positif modeste (autour de 350 mètres sur l’ensemble de l’étape).

Le Roc’h Trévézel, c’est l’un des sommets emblématiques du massif. À 384 mètres, on domine un paysage de landes et de bocage qui s’étend dans toutes les directions. Par temps clair, on aperçoit la rade de Brest au nord-ouest. Ce soir-là, le ciel était couvert bas, et la lumière rasante d’octobre donnait aux bruyères une couleur cuivrée que je n’ai vue nulle part ailleurs.

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Bivouac sur les crêtes : ce qu’il faut savoir

Le bivouac dans les Monts d’Arrée est toléré dans les conditions habituelles : installation tardive, démontage matinal, pas de feu, pas de déchets. En pratique, les crêtes sont ventées et peu abritées. Il faut chercher un repli de terrain, un creux entre deux blocs de schiste, pour planter la tente sans qu’elle se fasse malmener toute la nuit.

J’ai installé mon camp à l’abri d’un muret de pierres sèches, à une centaine de mètres sous le sommet du Roc’h Trévézel. Le sol était humide – il l’est presque toujours ici, même après plusieurs jours sans pluie. Un matelas isolant avec une bonne valeur R est indispensable. La température est descendue à 4°C cette nuit-là, ce qui est banal pour un mois d’octobre en altitude bretonne. Rien de dramatique, mais il faut un duvet adapté et ne pas compter sur la douceur océanique qu’on trouve sur la côte.

Pour l’eau, c’est simple : il y en a partout. Les ruisseaux sont nombreux, et on trouve des fontaines dans les villages traversés (Botmeur, Brennilis, La Feuillée). Je filtre systématiquement – les zones de pâturage sont fréquentes et le risque parasitaire existe, même si l’eau semble claire.

Deuxième jour : les tourbières du Yeun Elez

La deuxième étape m’a conduit du Roc’h Trévézel vers le sud, en direction du Yeun Elez. C’est le coeur sauvage du massif. Le Yeun Elez est une vaste cuvette tourbeuse, autrefois considérée dans la tradition bretonne comme l’une des portes de l’Enfer – le fameux Youdig, le marais sans fond où l’on jetait les âmes des damnés. Anatole Le Braz en a parlé dans sa Légende de la Mort, et quand on y marche par un matin de brouillard, on comprend d’où vient le mythe.

Le sentier qui descend vers les tourbières demande de l’attention. Le sol est gorgé d’eau, les passages sur caillebotis alternent avec des sections de terre noire où l’on s’enfonce jusqu’à la cheville si on rate la trace. Des chaussures de randonnée montantes et imperméables ne sont pas un luxe ici, elles sont une nécessité. J’ai croisé un couple en baskets de trail qui faisait demi-tour – ils avaient sous-estimé le terrain.

La faune est discrète mais présente. J’ai observé un busard des roseaux en chasse au-dessus des joncs, deux courlis cendrés qui se sont envolés à mon approche, et les traces fraîches d’un chevreuil dans la boue du sentier. La flore des landes atlantiques est à son meilleur en été (la bruyère cendrée fleurit en août), mais l’automne a ses couleurs propres : les molénies roussissent, les sphaignes virent au brun doré, et les derniers ajoncs d’Europe apportent des touches de jaune vif dans le paysage.

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J’ai contourné le lac de Brennilis par l’est, en suivant un chemin forestier qui longe la rive. Le lac est artificiel – c’est un barrage construit dans les années 1930 – mais il s’est intégré au paysage avec le temps. On y voit des hérons cendrés, des grèbes, parfois un martin-pêcheur. L’ancienne centrale nucléaire de Brennilis, en cours de démantèlement depuis des décennies, se devine au loin. C’est un contraste étrange avec la sauvagerie du lieu, et c’est aussi une réalité du territoire qu’il serait malhonnête de passer sous silence.

Troisième jour : le Mont Saint-Michel de Brasparts

Pour la dernière étape, j’ai remonté vers le nord-est en direction du Mont Saint-Michel de Brasparts. C’est le sommet le plus connu du massif, et probablement le plus fréquenté. La chapelle au sommet – une construction modeste du XVIIe siècle – offre un panorama complet sur les Monts d’Arrée et, par temps dégagé, sur la baie de Morlaix au nord.

L’ascension n’est pas difficile (environ 200 mètres de dénivelé depuis le parking de Botmeur), mais la montée finale est raide et le sentier peut être glissant après la pluie. J’y suis arrivé en milieu de matinée, par un ciel dégagé qui m’a offert une vue jusqu’aux premiers contreforts du Trégor. C’est un de ces moments où la Bretagne intérieure rappelle qu’elle n’a rien à envier aux sentiers côtiers en matière de paysages.

En redescendant par le versant sud, j’ai rejoint le bourg de Brasparts en passant par le hameau de Saint-Rivoal, où se trouve l’écomusée des Monts d’Arrée. Le musée mérite un détour si vous avez le temps : on y voit comment les gens vivaient dans ces montagnes il y a un siècle, entre agriculture pauvre et exploitation de la lande.

Informations pratiques pour randonner dans les Monts d’Arrée

Accès : les Monts d’Arrée sont accessibles depuis Morlaix (30 minutes en voiture), Brest (1h15) ou Quimper (1h). Le car TER dessert Huelgoat depuis Morlaix, mais les fréquences sont faibles hors saison. La voiture reste le moyen le plus pratique pour rejoindre les points de départ.

Balisage : le GR380 fait le tour du massif sur environ 170 km. Il est bien balisé et entretenu par la FFRandonnée. Les PR (sentiers de promenade et randonnée) locaux sont nombreux et de qualité variable – certains mériteraient un rafraîchissement du balisage, notamment dans le secteur de La Feuillée. Le topo-guide FFRandonnée « À travers la Bretagne – GR37 » couvre également une partie du massif.

Cartographie : les cartes IGN au 1/25 000 couvrent le massif en trois feuilles (0617 OT, 0618 OT, 0718 ET). Les traces GPX sont disponibles sur Visorando et OpenRunner, et elles sont globalement fiables. Prenez quand même la carte papier : le réseau téléphonique est faible à inexistant sur les crêtes et dans les vallées.

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Période : on peut randonner dans les Monts d’Arrée toute l’année, mais chaque saison a ses contraintes. Le printemps (avril-mai) offre les ajoncs en fleur et des journées qui s’allongent. L’été est la haute saison, avec des températures agréables mais plus de monde sur les sentiers. L’automne est ma saison préférée : les couleurs sont magnifiques, la fréquentation baisse, et la lumière est incomparable. L’hiver est rude – vent, pluie horizontale, boue – mais c’est aussi la saison où le massif révèle son caractère le plus sauvage.

Hébergement : quelques gîtes d’étape jalonnent le GR380 (Botmeur, Brennilis, Huelgoat). Le camping sauvage est toléré dans les conditions habituelles. Les chambres d’hôtes sont rares mais existent dans les bourgs (Brasparts, Commana, La Feuillée). Réservez en été, c’est prudent.

Niveau : les randonnées dans les Monts d’Arrée sont de difficulté modérée. Le dénivelé reste contenu (rarement plus de 400 mètres sur une étape), mais les terrains humides et les passages en tourbière demandent de l’attention et des chaussures adaptées. Ce n’est pas de la haute montagne, mais ce n’est pas non plus un chemin de halage.

Ce que les guides ne disent pas toujours

Les Monts d’Arrée sont un massif humide. Même en été, vos pieds seront mouillés à un moment ou un autre. Acceptez-le, prévoyez des chaussettes de rechange, et ne comptez pas sur vos chaussures pour rester sèches toute la journée. C’est la Bretagne intérieure, pas la Côte d’Azur.

Le vent peut être violent sur les crêtes, y compris par beau temps. Un coupe-vent sérieux (pas une veste de pluie légère qui claque comme une voile) fait partie du matériel de base. J’emporte aussi toujours un bonnet fin, même en juillet : quand le vent souffle à 60 km/h à 380 mètres d’altitude, la sensation de froid est réelle.

Les tiques sont présentes dans les landes basses et les zones de fougères. Inspectez-vous en fin de journée, systématiquement. C’est un réflexe à prendre dans toute la Bretagne, pas seulement dans les Monts d’Arrée.

Enfin, ne sous-estimez pas l’isolement. Entre Botmeur et La Feuillée, il n’y a rien – pas de bar, pas de boulangerie, pas de réseau téléphonique fiable. Emportez suffisamment d’eau, de nourriture et une trousse de premiers secours correcte. Ce n’est pas le bout du monde, mais si vous vous tordez une cheville au milieu du Yeun Elez, il vous faudra peut-être une bonne heure de marche pour retrouver une route.

Et vous, est-ce que les Monts d’Arrée vous tentent ? Si vous avez déjà arpenté ces crêtes, je serais curieux de savoir quel secteur vous a le plus marqué – le Yeun Elez, les hauteurs de Commana, ou peut-être la forêt de Huelgoat ?