GR37 Bretagne : traverser la Bretagne intérieure à pied, loin des foules
Il pleuvait sur Vitré quand j’ai mis le sac sur le dos pour la première fois sur le GR37. Pas une pluie méchante, plutôt ce crachin breton que les locaux appellent la « bruine » et qui ne vous trempe pas tout de suite mais qui, au bout de deux heures, a imprégné chaque couture de votre veste. Je m’en souviens parce que c’est exactement le genre de début que ce sentier vous réserve : pas de fanfare, pas de panorama spectaculaire dès les premiers mètres. Juste un chemin qui s’enfonce entre les haies de châtaigniers, et la promesse que le meilleur viendra si vous avez la patience d’avancer.
Un sentier de grande randonnée dans l’ombre du GR34
Quand on parle de randonnée en Bretagne, c’est le GR34 qui vient immédiatement. Le sentier des douaniers, ses falaises, ses criques, ses photos sur Instagram. Je ne crache pas dessus, j’y ai mes tronçons préférés et j’y reviens chaque année. Mais le GR37 est un autre animal. Il ne longe pas la mer. Il ne vous offre pas de couchers de soleil sur l’Atlantique. Ce qu’il vous donne, c’est la Bretagne intérieure, celle des bocages, des sous-bois humides, des villages de granit gris où les volets sont fermés en semaine et où le café du bourg n’est ouvert que le dimanche matin.
Le tracé relie grossièrement l’est à l’ouest du territoire breton. Plus de 600 kilomètres au total si vous le parcourez d’un bout à l’autre, en traversant quatre départements : l’Ille-et-Vilaine, les Côtes-d’Armor, le Morbihan en effleurant sa bordure nord, et le Finistère jusqu’à Camaret-sur-Mer, face à la mer d’Iroise. En réalité, peu de marcheurs font la totalité d’une traite. La plupart découpent l’itinéraire en tronçons de quatre à sept jours, ce qui est sans doute la manière la plus raisonnable de l’aborder.
De Vitré à Brocéliande : l’entrée par les marches
Les premières étapes depuis Vitré ou ses environs traversent un paysage de marches bretonnes, cette zone de transition entre la Normandie et la Bretagne profonde. Le relief est doux, les chemins souvent larges, parfois boueux après la pluie. On longe des fermes isolées, on croise des tracteurs plus souvent que des randonneurs. C’est la partie du GR37 la moins photogénique, mais elle a son charme discret. Il y a quelque chose de reposant dans cette campagne qui ne cherche pas à vous impressionner.
Et puis arrivent les lisières de la forêt de Brocéliande – ou plutôt la forêt de Paimpont, puisque c’est son vrai nom. Le GR37 ne traverse pas le coeur touristique du Val sans Retour ou de la fontaine de Barenton, mais il passe suffisamment près pour que vous puissiez y faire un détour d’une demi-journée. Personnellement, je recommande d’y consacrer au moins une journée entière. Le sous-bois de hêtres autour de l’étang de Paimpont, tôt le matin quand la brume s’accroche encore aux fougères, c’est un de ces moments où la marche justifie toutes les ampoules du monde.
Le canal de Nantes à Brest : la colonne vertébrale du parcours
Un des tronçons les plus agréables du GR37 longe une portion du canal de Nantes à Brest. Le chemin de halage est plat, ombragé, et vous permet de progresser vite si vous avez besoin de rattraper du retard sur votre planning. C’est aussi le passage où vous croiserez le plus de monde – des cyclistes surtout, quelques pêcheurs, des familles en promenade dominicale.
Ne vous laissez pas tromper par la facilité apparente de ces étapes. Le chemin de halage est confortable, oui, mais les journées de marche y sont longues si vous visez les gîtes d’étape qui ne sont pas toujours idéalement espacés. Comptez entre 20 et 28 kilomètres par jour sur cette section, en fonction de votre point de chute. L’abbaye de Bon-Repos, au bord du canal, est un point d’étape naturel et un endroit remarquable pour poser le sac une heure ou deux. Les ruines ont été en partie restaurées et accueillent des expositions en saison.
Le Kreiz Breizh et les Monts d’Arrée : la Bretagne sauvage
C’est après le canal que le GR37 change de caractère. Vous entrez dans le Kreiz Breizh, le centre de la Bretagne, cette zone que même beaucoup de Bretons connaissent mal. Le paysage se durcit. Les vallées se creusent. Les villages se font plus rares. Si vous marchez en automne, la lande prend des teintes fauves et les genêts ont depuis longtemps perdu leurs fleurs jaunes. C’est la section qui m’a le plus marqué lors de ma première traversée, parce que j’ai eu l’impression de quitter la France bocagère pour entrer dans quelque chose de plus ancien, de plus rude.
Les Monts d’Arrée constituent le point culminant du parcours. On ne parle pas de haute montagne ici – le Roc’h Ruz plafonne à 385 mètres – mais ne vous fiez pas à l’altitude. Le dénivelé est traître, les sentiers sont parfois mal marqués dans les tourbières, et le vent peut souffler fort sur les crêtes dénudées. J’ai bivouaqué une nuit près du réservoir de Saint-Michel, au pied du Mont Saint-Michel de Brasparts, et la température est descendue bien plus bas que ce que j’avais prévu pour un mois de septembre. Les Monts d’Arrée ne pardonnent pas l’impréparation.
La forêt de Huelgoat offre un contraste saisissant. Après les landes pelées, vous plongez dans un chaos granitique couvert de mousse où la lumière perce à peine. Les rochers portent des noms évocateurs – la Grotte du Diable, la Roche Tremblante, le Ménage de la Vierge. C’est un décor de conte, et il faut résister à la tentation de passer la journée à escalader les blocs au lieu de poursuivre le chemin.
Conseils pratiques pour parcourir le GR37
Balisage et cartographie
Le balisage du GR37 est globalement correct, avec les classiques marques rouge et blanc de la FFRandonnée. Cependant, certains tronçons dans le Kreiz Breizh méritent qu’on complète la lecture des balises par un bon fond de carte IGN au 1/25000 ou une trace GPX fiable. J’utilise Visorando ou OpenRunner pour préparer mes étapes, mais j’emporte toujours les cartes papier correspondantes. En forêt de Huelgoat notamment, les intersections de chemins sont nombreuses et pas toujours évidentes.
Hébergement et ravitaillement
L’hébergement sur le GR37 demande un minimum de planification. Les gîtes d’étape existent mais sont inégalement répartis. Dans les marches de Bretagne et autour de Brocéliande, vous trouverez sans mal de quoi dormir. En revanche, dans le centre Bretagne, les options se raréfient et il vaut mieux réserver à l’avance, surtout en juillet-août. Le bivouac est une alternative si vous êtes équipé, mais respectez la réglementation locale et les propriétés privées.
Pour le ravitaillement, ne comptez pas trouver une épicerie dans chaque village. Prévoyez une autonomie alimentaire d’au moins deux jours sur les sections les plus isolées du Kreiz Breizh. L’eau potable est accessible dans la plupart des bourgs, mais les fontaines et lavoirs ne sont pas toujours équipés de robinets.
Quand partir
La meilleure période pour le GR37 se situe entre mai et octobre. Le printemps offre les genêts en fleur et des journées qui s’allongent. L’été est plus fréquenté mais les jours sont longs et les soirées douces. L’automne, de mon point de vue, est la saison idéale : moins de monde, des couleurs magnifiques dans les forêts, et une lumière rasante qui transforme les landes en tableaux. Évitez l’hiver sauf si vous êtes expérimenté et bien équipé : les jours sont courts, les chemins détrempés, et certains hébergements ferment.
Niveau de difficulté
Le GR37 est classé de difficulté moyenne. Le dénivelé cumulé n’a rien à voir avec un GR20 ou un Tour du Mont-Blanc, mais la longueur totale de l’itinéraire et l’isolement de certaines sections imposent une bonne condition physique et une certaine expérience de la randonnée itinérante. Si vous débutez en grande randonnée, commencez par un tronçon de trois ou quatre jours entre Paimpont et le canal de Nantes à Brest pour vous faire la jambe.
Ce que les topo-guides ne disent pas
Quelques points que j’aurais aimé savoir avant de partir. Le GR37 traverse des zones de chasse très actives en automne et en hiver. Renseignez-vous sur les dates de battue dans les communes traversées, portez des couleurs vives, et ne quittez pas le sentier balisé dans les secteurs forestiers pendant la saison de chasse. C’est un sujet qu’on aborde rarement dans les guides, mais il conditionne la sécurité de votre marche.
Autre détail : la couverture réseau est très inégale sur le parcours. Dans le Kreiz Breizh et les Monts d’Arrée, vous aurez des zones blanches parfois longues de plusieurs heures de marche. Prévoyez vos traces GPS en mode hors ligne et informez quelqu’un de votre itinéraire quotidien.
Enfin, ne sous-estimez pas la boue. La Bretagne intérieure n’est pas la Côte d’Azur. Même en été, les chemins creux gardent l’humidité pendant des jours après une averse. Des chaussures de randonnée montantes et imperméables ne sont pas un luxe, elles sont une nécessité. J’ai vu des marcheurs en chaussures basses se retrouver en difficulté dès le deuxième jour sur des sentiers transformés en ruisseaux.
Et si le GR37 vous laisse sur votre faim, sachez que plusieurs variantes et sentiers de liaison permettent de basculer vers le GR34 côtier ou de rejoindre le GR380 vers les Montagnes Noires. La Bretagne intérieure n’est pas une impasse, c’est un carrefour – il suffit de choisir la direction.